
La durabilité figure aujourd'hui parmi les priorités des entreprises. Pourtant, dans de nombreuses organisations, elle se limite à des initiatives ponctuelles ou à des projets bien intentionnés. Dès que les entreprises doivent concrétiser leur engagement, les mêmes questions se posent : comment mesurer la durabilité ? Comment prouver la circularité ou l'impact sur la biodiversité ? Et comment instaurer la confiance auprès des clients et des investisseurs ?
Selon Alexandre della Faille, de NBN, une partie importante de la réponse réside dans les normes. Lors du récent événement « Journey to Sustainability - The Power of Standards », il a expliqué que les normes européennes et internationales volontaires aident les entreprises à atteindre leurs objectifs de durabilité à moyen et long terme et à élaborer des politiques internes. Elles renforcent également la réputation des entreprises et des organisations, car leurs produits, services et gouvernance sont alors basés sur des cadres reconnus en Europe et au-delà.
Les normes ne sont pas seulement des documents techniques. Elles offrent aux entreprises un moyen pratique d'intégrer la durabilité dans leur stratégie et leurs activités quotidiennes.
Schréder en est un bon exemple. Michèle-Cerise Soors, responsable de l'économie circulaire au sein de l'entreprise, explique que la circularité est intégrée dès la conception de leurs luminaires (installations d'éclairage). Selon elle, les ingénieurs réfléchissent dès le départ à l'ensemble du cycle de vie du produit et à l'impact des matériaux dans la chaîne de production.
Mais à un certain moment, cet engagement interne s'est avéré insuffisant. Les clients voulaient des preuves concrètes de cette circularité. Schréder a donc décidé d'utiliser des normes pour démontrer son approche. Selon Michèle-Cerise, des normes telles que ISO 59004 et ISO 59020 contribuent à créer une terminologie commune et des critères mesurables, afin que les concepteurs et les clients comprennent exactement ce que signifient des termes tels que « rétrofit », « reconditionnement » ou « recyclabilité ».
Les normes permettent ainsi non seulement de promettre la circularité, mais aussi de la justifier. Les entreprises peuvent par exemple démontrer la quantité de matériaux recyclés contenus dans un produit ou la quantité de matériaux pouvant être réutilisés à la fin de leur cycle de vie.
Selon Mira Tayah, d'Agoria, la transition vers un modèle économique circulaire va bien au-delà d'une simple adaptation technique. Elle souligne que la circularité exige une transformation complète du modèle économique. Ce ne sont pas seulement les processus internes qui changent, mais aussi la relation avec les clients et les partenaires.
Les normes jouent un rôle important dans cette transition, car elles inspirent confiance. En définissant des critères de qualité et des méthodologies, elles aident les entreprises à garantir la fiabilité des produits et des processus circulaires. Elles sont également une source d'inspiration pour la conception des produits et aident les organisations à définir des objectifs en matière de circularité et de durabilité et à les intégrer dans leur politique.
En d'autres termes, les normes garantissent que la circularité ne reste pas une expérience, mais devient un élément structurel de la gestion d'entreprise.
Outre la circularité, l'importance de la biodiversité dans les stratégies d'entreprise ne cesse de croître. Caroline Lhuillery, responsable de la commission ISO chargée de la biodiversité, souligne que plus de la moitié du PIB mondial dépend des écosystèmes et des ressources naturelles.
C'est pourquoi la norme ISO 17298 a récemment été développée. Cette norme offre un cadre permettant aux organisations d'intégrer la biodiversité dans leur stratégie et leurs processus opérationnels. Selon Lhuillery, cela se fait selon une approche progressive : les entreprises analysent d'abord leur dépendance à l'égard de la nature et des écosystèmes, puis déterminent leurs priorités et les intègrent dans un plan d'action qui fait partie de leur Un système de management.
Cette approche intègre la biodiversité dans l'ensemble du processus décisionnel, ce qui lui permet de ne pas rester une simple mesure de développement durable, mais de devenir une stratégie à long terme.
Les entreprises qui utilisent des systèmes de gestion environnementale reconnaissent également la valeur ajoutée des normes. Stefaan Vanhalle, de STAXS Belgium, explique que la norme ISO 14001 offre à son organisation un cadre permettant de rendre les objectifs environnementaux concrets et mesurables. Selon lui, la norme aide les organisations à cartographier systématiquement leur impact environnemental, à formuler des objectifs et à s'améliorer en permanence grâce au cycle bien connu « Plan-Do-Check-Act » (planifier-faire-vérifier-agir).
En outre, selon Vanhalle, les normes créent un langage commun. Lorsque les entreprises travaillent avec une norme, les clients et les partenaires savent immédiatement quelle méthodologie est utilisée et quelles sont les exigences qui y sont associées. La certification par un auditeur indépendant renforce également la confiance des clients et des parties prenantes.
Ce que tous ces exemples ont en commun, c'est que les normes concrétisent la durabilité. Elles aident les entreprises à structurer leur stratégie, à rendre leur impact mesurable et à communiquer leurs actions de manière crédible auprès de leurs clients, investisseurs et partenaires.
Les normes offrent également un cadre pour se projeter dans l'avenir. Des initiatives européennes telles que la future loi sur l'économie circulaire imposeront de nouveaux critères aux produits et services sur le marché européen. Bon nombre des normes élaborées aujourd'hui aideront les entreprises à se préparer à cette réglementation.
Dans une économie où la durabilité prend de plus en plus d'importance, les normes constituent donc un levier important. Elles traduisent les ambitions en actions concrètes et permettent d'ancrer durablement l'impact durable dans la gestion de l'entreprise.